01 février 2006

SOUVENIR D'ENFANCE

 

J'avais environ dix ans. J'étais une enfant assez solitaire, tant par goût que par la force des choses : nous habitions dans un hameau de cinq ou six fermes où j'étais la seule enfant et il me plaisait de traîner seule à travers bois, prés et ruisseaux.

"Ne dépasse pas la grand-route !" était le mot d'ordre. Mais on pouvait, en s'y prenant bien, couvrir des centaines d'hectares avant de tomber sur la grand-route...

 

Un jour d'été, je tombe sur un homme accompagné d'un grand chien noir (type berger à longs poils, un briard, peut-être). Il croquait le paysage sur un carton à dessin. J'adorais les chiens, je commence à bavarder avec l'inconnu qui me dit s'appeler Jean-Marie et se présente comme artiste peintre.

 

Nous avons sympathisé. Ce garçon d'une trentaine d'années a été un grand ami de mon enfance. Il m'a raconté les prés, les bois et les ruisseaux, il m'a appris à tenir sur des patins à roulettes... Avec le recul, je pense qu'il m'aimait sincèrement et purement car jamais, au grand jamais, il n'a eu d'autre attitude que celle d'un grand frère ou d'un jeune oncle.

 

Un jour, je l'ai ramené à la ferme. Il n'y avait personne, ils devaient être occupés dans les étables mais Mamy avait fait de la tarte aux prunes. Elle attendait le goûter, dans le garde-manger grillagé fin. J'ai offert un morceau de tarte à l'inconnu qui s'est assis sans façon dans notre laiterie pour déguster la pâtisserie maison. Sur ces entrefaites, ma mamy est rentrée... Moyennement contente de trouver cet homme adulte en ma compagnie. Ils ont bavardé. Je n'ai aucun souvenir de leur conversation qui, probablement, ne m'intéressait guère. Il a décliné son identité, son adresse et a reçu la permission de continuer à me voir.

 

Il est très loin, ce temps où un trentenaire célibataire ami des enfants sympas pouvait développer ce type d'amitié forte et innocente...

 

On a passé tout un été ensemble, puis il est parti, je l'ai revu 10 ans plus tard : il exposait ses peintures dans une galerie de Liège. On s'est reconnu...

 

J'avais grandi, j'étais une jeune femme et lui, toujours célibataire, flirtait avec la quarantaine... La magie s'était envolée. Sourires contraints qui tentent de retrouver une complicité devenue impossible.

 

J'ai oublié son nom, je ne sais pas ce qu'il est devenu.

 

Mais je n'oublierai jamais la délicatesse de cet artiste qui a su si bien apprivoiser l'enfant farouche que j'étais.

 

13:27 Écrit par ZaG | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |