06 novembre 2003

La chronique qui a fait tomber Martin Winckler


Martin Winckler, médecin et écrivain (La Maladie de Sachs que je vous recommande) avait une chronique de 3 minutes chaque matin sur France Inter vers 7h55. Ce jour-là, sa chronique mettait en cause les lobbies pharmaceutiques...
Résultat : VIRE ! ! !
 
Voici cette chronique, c'est un peu long mais limpide, faites l'effort de la lire et faites-la circuler : France Inter l'a enlevée de ses archives !
 

Quel message terroriste peut-on voir ces jours-ci à la télévision ?

 

Chronique du 14 Avril 2003

 

Un soir, au restaurant, un homme et une femme fêtent leurs vingt ans de bonheur (On trouve d’ailleurs ça louche, car lui a manifestement la cinquantaine, tandis qu’elle semble avoir quinze ans de moins que lui alors, si ça fait vingt ans...). Toujours est-il que, brusquement, l’homme s’effondre et se voit mort et enterré sous le regard éploré de sa jeune veuve. Puis il sort de la salle de bains (on nous avait déjà fait ça dans "Dallas", il y a vingt ans, pour expliquer le retour de Bobby) et dit à sa femme qu’il a fait un mauvais rêve. A ce moment-là, une voix off nous explique : « Même si vous ne vous sentez pas malade, vous avez peut-être trop de cholestérol, et le cholestérol, c’est dangereux. Consultez votre médecin et faites-vous prescrire une prise de sang. » Ce spot diffusé actuellement et jusqu’au 20 avril sur toutes les grandes chaînes françaises a été commandité par l’ARCOL, une association pour la recherche sur le cholestérol dont le conseil d’administration comprend une belle brochette de pontes de la médecine et dont les activités sont ouvertement subventionnées par plusieurs grands laboratoires. Le laboratoire PFIZER parraine d’ailleurs le spot en question, qui pourrait ressembler à un message de prévention mais qui est exactement le contraire. Il présente en effet le cholestérol comme étant l’ennemi numéro un, alors qu’il y en a d’autres, beaucoup plus dangereux que lui.

                                        

Les principales causes favorisant l’infarctus du myocarde - ou « crise cardiaque » - et l’accident vasculaire cérébral - ou « attaque », sont, par ordre d’importance décroissante 1. Le tabac. 2. L’hypertension artérielle. 3. Le diabète 4. L’obésité. Le cholestérol lui, vient loin derrière. Le risque d’infarctus diminue fortement quand on cesse de fumer. Le simple fait de perdre du poids suffit à faire baisser la pression artérielle. Et enfin, le fait de faire plutôt la cuisine à l’huile d’olive et de manger du poisson font baisser le cholestérol. Le tout, sans médicament. Bien sûr, il n’est pas inutile pour certaines personnes de savoir si on a un cholestérol élevé : en gros, les hommes de plus de 45 ans et les femmes de plus de 55 si et SEULEMENT si eux-mêmes ou un de leurs parents ou proches ont déjà souffert avant 50 ans d’un problème cardiovasculaire, ou ont d'autres facteurs de risque (tabac, obésité, etc.). Mais le spot semble dire au contraire que tout le monde doit aller se faire dépister. Et il en rajoute dans la manipulation en visant manifestement à provoquer l’angoisse des femmes, qui inciteront leurs hommes à aller consulter, et à culpabiliser les hommes qui seraient très cons de mourir sous les yeux d’une beauté pareille et vraiment salauds d’abandonner l’enfant blond qui saute sur le lit à la fin du spot. Vous mesurerez la perversité du message en apprenant que ce spot télévisé a été précédé pendant plusieurs semaines par une campagne auprès des médecins. Ceux-ci ont vu fleurir dans leurs revues professionnelles une publicité montrant, sur une table d’autopsie, les deux pieds d’un homme accompagnés du slogan « Dire qu’un simple dosage de son cholestérol aurait pu lui éviter ça ! » Autrement dit : « Si vous ne dosez pas le cholestérol de tous vos patients, vous êtes un assassin. » Plus culpabilisant que ça, on meurt ! Bref, ces messages, qu’ils s’adressent aux médecins ou aux patients, n’informent pas : il foutent la trouille. Or, la peur n’incite pas à se prendre en charge, elle pousse à se précipiter dans les salles d’attente. Et pour des médecins surchargés de travail, face à des hommes angoissés, qu’est-ce qui est le plus facile ? Conseiller un régime et l’arrêt du tabac, ou faire avaler un traitement ? Et dites-moi, pour l’industrie, qu’est-ce qui est le plus rentable ? Le produit-phare du laboratoire Pfizer, vous savez ce que c’est ? Je vous donne un indice : ce n’est pas de l’huile d’olive ! Depuis les années cinquante, les laboratoires pharmaceutiques balançaient leurs messages toxiques aux médecins pour les inciter à prescrire n’importe quoi n’importe comment. Devant la résistance croissante dont les praticiens (en en particulier les généralistes) font preuve depuis quelques années, les industriels du médicament ont changé leur fusil d’épaule et visent cette fois-ci le grand public. Par la peur et non par une information loyale, ce spot va inciter des citoyens à multiplier les consultations, les prises de sang et les traitements inutiles. Alors que la sécurité sociale voit augmenter les dépenses de santé, on peut s’étonner que le gouvernement autorise sans sourciller la diffusion de messages terroristes sans contenu éducatif mais à but hautement lucratif.

 

 

Lecture conseillée :

Christian Lehmann « Patients si vous saviez », Ed. Robert Laffont (2003), pages 220 à 234.

 

Pour en savoir plus : http://martinwinckler.com/

 

 






13:10 Écrit par ZaG | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Merci Texte très instructif, merci beaucoup ! :)

Écrit par : Doc.Fusion | 06 novembre 2003

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eh beh on vit dans un monde merveilleux... je suis tous les jours plus ébahie.
au fait, chapeau les belges, il est 'achmen bo ton blog!
bisous

Écrit par : marie | 06 novembre 2003

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au s'cours ben voilà, justement...je regarde une émission sur la chaîne publique française (disons-le: france2). Sujet: pourquoi les abeilles deviennent-elles folles? Eh oui...les semences de tournesol sont manipulées et SONT insecticides (qui se propage par la sève). Du coup, les abeilles qui viennent s'y poser une fois sont empoisonnées, intoxiquées et "deviennent folles": elles ne retournent pas à la ruche, ne savent plus voler, vont chercher du nectar là où il n'y en a pas...du coup, les apiculteurs ont perdu plus de la moitié de leurs récoltes. Mais les firmes phythosanitaires démentent....
pfffffffff....quelle déprime les amis!
ah, voilà Mic. Je lui explique. Première réaction: C'est aux Etats-Unis? Non, en Vendée!

Écrit par : marie | 06 novembre 2003

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